Le tempo : battre la mesure en comptant

Le tempo est la vitesse d’un morceau. On le mesure en BPM, pour « battements par minute » : à 60 BPM, il y a un battement par seconde ; à 120 BPM, deux. Pour le trouver, laisse la musique jouer et tape du doigt régulièrement, comme on le fait spontanément en écoutant : tu marques naturellement le temps. Compte ensuite le nombre de battements pendant quinze secondes et multiplie par quatre. Beaucoup de logiciels et d’applications le calculent aussi, mais le faire soi-même entraîne l’oreille.

Chaque genre a ses habitudes. Les chansons lentes, les ballades, se situent souvent autour de 60 à 80 BPM. Beaucoup de morceaux de pop et de rock tournent entre 100 et 130. La house se danse volontiers aux alentours de 120 à 130, certaines techno vont plus vite, et la drum and bass tourne autour de 170. Ce ne sont que des ordres de grandeur, mais ils donnent un repère rapide.

Un même tempo peut sembler lent ou rapide

Le chiffre ne fait pas tout. Un morceau à 140 BPM peut paraître lent si la batterie ne frappe qu’un temps sur deux : on parle alors de half-time. À l’inverse, un morceau à 70 BPM peut sembler agité si les notes sont très serrées. Ce qui compte pour l’oreille, c’est la densité des événements : combien de notes, de coups de caisse claire, de syllabes entre deux battements. Certains styles de rap jouent beaucoup de cette différence entre la vitesse du temps et celle du débit.

La mesure : compter en quatre, en trois…

Les battements se regroupent en mesures, et la plupart des morceaux populaires comptent quatre temps par mesure : « un, deux, trois, quatre, un, deux… ». On l’écrit 4/4. Beaucoup de valses comptent trois temps (3/4) : « un, deux, trois, un, deux, trois ». Pour savoir où l’on est, écoute où tombe le temps le plus appuyé, souvent marqué par la grosse caisse, et compte à partir de lui.

Certains morceaux sortent de ces habitudes et c’est ce qui les rend remarquables. « Take Five » du Dave Brubeck Quartet (1959) est célèbre pour sa mesure à cinq temps, qui lui donne un balancement inhabituel. Le célèbre riff de « Money » de Pink Floyd (1973) est écrit sur sept temps. Quand un morceau « boite » agréablement, c’est souvent qu’il compte autrement que ce à quoi on s’attend.

La tonalité : la note « maison »

La tonalité est la note autour de laquelle la mélodie s’organise, celle sur laquelle on a l’impression de « se poser ». Quand une chanson se termine sur un accord qui semble clore l’ensemble, c’est la tonalité qui se fait entendre. On la nomme par une note et un mode : do majeur, la mineur, etc. Il n’est pas nécessaire de la reconnaître sans instrument pour apprécier la différence : il suffit de sentir qu’un morceau « revient chez lui » à certains moments, et que d’autres moments en éloignent.

Majeur, mineur : clair, sombre ?

On dit souvent que le mode majeur sonne plus lumineux et le mode mineur plus sombre ou plus mélancolique. Il y a du vrai dans cette idée, qui est un bon point de départ pour s’entraîner : essaie de dire, pour dix morceaux, s’ils te semblent plutôt majeurs ou mineurs. Mais c’est une tendance, pas une règle : beaucoup de chansons joyeuses sont en mineur, beaucoup de chansons tristes en majeur, et le rythme, le timbre et les paroles jouent autant que le mode.

Du tempo à l’énergie : danser, courir, travailler

Le tempo explique aussi pourquoi certains morceaux accompagnent si bien une activité. Pour danser, un tempo régulier et bien marqué donne des repères au corps. Pour courir, beaucoup de personnes cherchent un morceau dont la pulsation correspond à leur cadence de pas, souvent entre 150 et 180 pas par minute. Pour travailler, on préfère en général une musique plus lente, sans parole ni rupture. Un bon moyen de comprendre ce qu’un morceau fait à ton corps est de remarquer quand tu te mets, sans y penser, à taper du pied.

Quand le tempo change en cours de route

Certains morceaux accélèrent ou ralentissent progressivement, ou changent de vitesse d’un seul coup au milieu : les musiciens parlent d’accelerando et de ritardando. Quelques groupes jouent beaucoup avec cette idée, surtout en concert, où le tempo bouge naturellement sous l’effet de l’énergie. Écoute si un morceau reste sur la même vitesse du début à la fin ou s’il respire : cette souplesse est souvent ce qui donne un air « vivant » à un enregistrement.

S’entraîner sans instrument

  1. Choisis dix morceaux que tu connais bien, de styles différents.
  2. Pour chacun, tape le tempo et note-le approximativement (lent, moyen, rapide, ou un chiffre).
  3. Compte les temps : quatre, trois, autre chose ? Ne t’inquiète pas si tu hésites.
  4. Dis si le morceau te semble plutôt majeur ou mineur, et pourquoi.
  5. Compare tes impressions avec celles d’un ami qui a fait le même exercice.

Ce que ces repères ne disent pas

Le tempo, la tonalité et la mesure sont des repères, pas des jugements. Ils ne disent rien de la qualité d’un morceau, ni de ce qu’on ressent en l’écoutant, ni de la manière dont il est joué ou produit. Ils servent avant tout à mettre des mots sur des impressions : « c’est lent, en trois temps, mélancolique » dit déjà beaucoup plus que « c’est joli ». Ils aident aussi à écrire un avis plus précis : voir l’article Écrire une critique d’album.