Pourquoi faire un bilan

Un bilan d’année oblige à regarder ce qu’on a vraiment écouté, et pas seulement ce dont on se souvient. On y découvre des albums oubliés, des tendances qu’on n’avait pas vues, des disques qu’on pensait aimer et qu’on n’a écoutés qu’une fois. C’est aussi un excellent point de départ pour décider ce qu’on veut faire l’année suivante.

Étape 1 — Rassembler

Fais la liste de tout ce que tu as écouté dans l’année, par tous les moyens que tu as : historique d’écoute, albums sauvegardés, notes, carnet, mémoire. Ne cherche pas l’exhaustivité : une trentaine à une cinquantaine d’albums suffit. Si tu notes tes écoutes, c’est ici que cela rapporte.

Étape 2 — Écrémer

Retire ce qui ne t’a pas marqué. Garde tous les disques dont tu te souviens sans effort, ceux que tu as réécoutés, ceux qui t’ont surpris. Tu dois arriver à une quinzaine de finalistes.

Étape 3 — Réécouter

Réécoute chaque finaliste, au moins en partie, et, pour ceux qui comptent vraiment, en entier. Ce qu’on garde en mémoire de janvier n’est pas toujours ce qui tient en décembre. Cette étape peut surprendre : certains albums « de l’année » ne passent pas la réécoute, d’autres montent.

Étape 4 — Classer

Établis un top dix (ou vingt) en te donnant des critères clairs. Préféré ou meilleur ? Les deux ne sont pas pareils (voir l’article sur la différence entre bon album et album qu’on aime). Tu peux aussi faire deux classements : « mes préférés » et « ceux que je trouve les mieux faits ». Une tier list peut aider à dégrossir avant de ranger dans l’ordre.

Étape 5 — Écrire

Pour chaque album de ton top, écris une ligne : pourquoi il est là, ce qu’il t’a apporté, un titre pour commencer. Tu peux t’aider de la méthode de l’article sur la critique d’album. Ces lignes sont ce qu’il y a de plus précieux dans un bilan, parce qu’elles te rappelleront dans dix ans ce que tu écoutais, et pourquoi.

Étape 6 — Observer les tendances

Regarde ce que ta liste raconte : quels genres reviennent ? Quels pays ? Quelles années de sortie ? Combien de nouveautés, combien de disques plus anciens ? Quelle part de découverte, quelle part de valeurs sûres ? Y a-t-il un artiste ou un label qui revient ? Quelle humeur domine ? Ces tendances sont souvent plus parlantes que le classement lui-même.

Étape 7 — Se fixer une intention pour l’année suivante

Une seule, concrète. Par exemple : « écouter un album par semaine en entier », « découvrir un genre que je ne connais pas », « écrire un avis par mois », « acheter un disque par trimestre à un artiste local ». Une intention trop large ne tient pas ; une intention précise se tient.

Quelques questions pour pimenter

  • Quel est l’album qui m’a le plus surpris ?
  • Quel est celui qui m’a le plus déçu, et pourquoi ?
  • Quel album a le plus grandi avec les écoutes ?
  • Quel est mon album de l’année, et quel est celui que je recommanderais en premier à un ami ?
  • Quel album ai-je écouté le plus souvent sans le noter le plus haut ?

Le partager

Un bilan est encore plus intéressant comparé. Demande à tes amis le leur et cherchez les écarts : l’album que tu as classé premier et qui n’est dans aucun de leurs tops, ou l’inverse. Sur Spin The Disc, on peut comparer ses goûts avec ses amis, mais rien ne vaut une soirée à discuter, disque en main.

Un exemple de bilan, très court

Un bilan imaginaire, pour fixer les idées.

  1. Mon album de l’année : un disque de piano et de voix, écouté une quarantaine de fois, surtout le soir. Note : 9,2.
  2. La surprise : un album de musique brésilienne recommandé par un collègue, dont je ne connaissais pas un mot.
  3. La déception : le nouvel album d’un groupe que j’adore. Trois écoutes, puis plus rien.
  4. Celui qui a grandi : un disque électronique que je trouvais froid en février, et que je réécoute chaque semaine depuis juillet.
  5. Ce que ma liste dit de moi : douze disques sur quinze sont sortis cette année ; je n’ai presque rien écouté d’avant 2000. Mon intention pour l’année prochaine : un album ancien par mois.

Les erreurs classiques du bilan

  • L’effet de récence : on se souvient mieux de ce qu’on a écouté ces dernières semaines. Pour y remédier, parcours d’abord les mois de janvier à mars de ton historique.
  • Le bilan à rallonge : un top cinquante n’est pas un bilan, c’est une liste. Dix ou vingt albums suffisent.
  • Le bilan de bon goût : mets les disques que tu as vraiment écoutés, pas ceux qu’il serait élégant d’avoir aimés.
  • Le bilan sans réécoute : un album enthousiasmant en avril peut avoir mal vieilli en décembre. Réécoute avant de classer.

Pour garder tout au long de l’année de quoi nourrir ton bilan : Organiser sa bibliothèque musicale.