Qu’est-ce qu’un sample ?

Un sample (« échantillon » en anglais) est un court extrait d’un enregistrement existant, réutilisé dans un nouveau morceau. Cela peut être quelques secondes de batterie, une phrase de saxophone, un accord de piano, un bout de dialogue ou un cri. L’extrait est généralement répété en boucle, découpé ou transformé, pour devenir le matériau d’une nouvelle création. Le mot s’applique aussi aux sons enregistrés d’un instrument et rejoués par un clavier, mais c’est le sens « extrait d’un disque » qui nous intéresse ici.

Du Bronx aux premiers samplers

L’idée de réutiliser des morceaux existants précède l’informatique. Au début des années 1970, dans le Bronx, à New York, des DJ comme Kool Herc remarquent que les passages de batterie seule (les breaks) sont ceux qui font danser. Avec deux platines et deux exemplaires du même disque, ils les font durer en passant de l’un à l’autre. Le hip-hop est né de ce geste. Plus tard, des machines permettent d’enregistrer ces extraits et de les rejouer : le Fairlight, à la fin des années 1970, puis l’Emulator, au début des années 1980, sont très chers ; à la fin des années 1980, des appareils comme la MPC d’Akai rendent la technique accessible à beaucoup de producteurs.

Boucler, découper, transformer

Une fois l’extrait enregistré, on peut en faire beaucoup de choses. On peut le boucler pour en faire la base rythmique d’un morceau. On peut le découper en petits morceaux (on parle de « chopper ») et les réarranger pour obtenir une mélodie que le disque d’origine ne contenait pas. On peut le ralentir ou l’accélérer, ce qui change aussi sa hauteur, le filtrer pour ne garder que les graves, ou le mêler à d’autres sons. Un bon producteur ne copie pas : il écoute un vieux disque comme une réserve de couleurs et de textures, puis en fait quelque chose de nouveau.

Un exemple célèbre : le break d’« Amen, Brother »

Il existe une poignée de passages de quelques secondes devenus des « classiques » du sample. L’un des plus célèbres est un solo de batterie de six secondes sur « Amen, Brother », un morceau du groupe américain The Winstons sorti en 1969. Cet extrait, appelé le Amen break, a été réutilisé dans des milliers de morceaux, en particulier dans la jungle et la drum and bass, qui en ont fait leur colonne vertébrale. Le même geste, répété et transformé par des centaines de musiciens, a donné naissance à des genres entiers.

Reprise, rejeu, sample : trois choses différentes

Une reprise est une nouvelle interprétation d’une chanson existante : on rejoue tout. Un rejeu (ou interpolation) consiste à réenregistrer un passage, une ligne de basse ou une mélodie, avec de nouveaux musiciens, sans utiliser l’enregistrement d’origine. Un sample, lui, utilise l’enregistrement lui-même. En 1979, le titre « Rapper’s Delight » du Sugarhill Gang, souvent présenté comme le premier tube du rap, repose sur une ligne de basse rejouée d’après « Good Times », du groupe Chic : ce n’est donc pas un sample, mais un rejeu. Après une réclamation, les auteurs de « Good Times » ont été crédités.

Les droits : deux autorisations à obtenir

Utiliser un extrait d’un disque suppose, en principe, deux autorisations : celle du détenteur de l’enregistrement (généralement la maison de disques) et celle de l’ayant droit de l’œuvre (les auteurs et les éditeurs de la chanson). Obtenir ces accords s’appelle « libérer » un sample, et cela peut coûter cher ou être refusé. C’est une raison pour laquelle on rencontre des samples de disques obscurs, moins chers à libérer, et des rejeux, qui n’exigent que l’accord sur l’œuvre. Plusieurs affaires célèbres, dont celle d’un tube britannique de 1997 dont le groupe a dû céder les droits, ont montré qu’un extrait utilisé sans autorisation peut coûter très cher.

Écouter pour retrouver la source

Une fois que l’on sait ce qu’est un sample, l’écoute change. On entend soudain la ligne de basse qu’on croyait avoir déjà entendue, le craquement de vinyle, la voix qui sonne comme venue d’un autre temps. Retrouver la source est un jeu : on remonte d’un morceau récent à un disque ancien, et on découvre un pan de la musique qu’on ne connaissait pas. C’est l’une des plus belles portes d’entrée vers l’histoire du jazz, de la soul et du funk.

Essayer soi-même

Le sample n’est pas réservé aux studios. Des applications gratuites et des logiciels simples permettent d’enregistrer deux secondes d’un son — un morceau de ta bibliothèque, ta propre voix, un bruit du quotidien — puis de le répéter, de le découper et de le ralentir. En dix minutes, on comprend ce que sont une boucle, un découpage, un changement de hauteur, et l’on écoute ensuite les morceaux autrement. Si tu utilises un extrait d’un disque, souviens-toi qu’il est protégé : pour le garder pour toi, c’est un jeu ; pour le publier, il faut des autorisations.

Un dialogue entre les époques

Le sample est parfois jugé comme une facilité. C’est une idée qui ne tient pas longtemps à l’écoute : choisir l’extrait, le découper, l’intégrer à un ensemble qui n’a rien à voir demande du goût, de la patience et une vraie culture musicale. Beaucoup de producteurs de sample sont de grands collectionneurs de disques. Et le résultat tient du dialogue : un morceau récent qui répond à un morceau ancien, et qui donne envie de retourner voir l’original. Pour aller plus loin côté rap, lis aussi Écouter le rap : flow, rimes, structure.